Pop art: Radiographie d’un art contestataire qui a tout changé

7 minutes
Rédigé par: Marina López

EXT- GRANDE BRETAGNE- JOUR:

C’est l’année 1950, tout tourne autour du commerce de masse.  Le monde est, sans le savoir, sur le point d’être témoin d’un changement dans le paradigme artistique. C’est la naissance du pop art. Comme une méthode cathartique, une critique sociale face à la réalité de l’époque.

L’ombre de ce nouveau courant s’allongera et s’étendra jusqu’à atteindre les quatres coins du globe en 1980: 

Les États-Unis, l’Europe, l’Asie et même l’Océanie. Sacré voyage!

Et alors? Me direz-vous. Tout ça c’est très bien, mais il existe déjà 38567548 publications sur le pop art, un poster de ‘Drowning girl’ est épinglé dans la cage d’escalier de l’immeuble et ‘les 32 boîtes de soupe Campbell’, c’est du vu et revu.

Je vous réponds que pour connaître d’autres grands noms du mouvement que celui de notre bon vieux Andy, découvrir ce qu’est  l’hampart et connaître les dessous de ce mouvement contemporain, il faut lire ce billet.

Les femmes qui ont changé le Pop Art

Andy Warhol et ses célèbres célébrités, Roy Lichtenstein et ses vignettes de BD à grande échelle, Keith Haring et ses graffitis … Outre le fait d’être les plus grands représentants du Pop Art, qu’est-ce que ces artistes ont en commun ? Ce sont des hommes.  

Au cours de l’histoire, les femmes ont été invisibilisées dans tout ce qui n’avait pas trait aux services ménagers, maternels ou domestiques. Ce dont on ne parle pas, n’existe pas. C’est ainsi depuis que le monde est monde et ce nouveau courant n’y a rien changé.

C’est pour ça que nous voulons vous raconter l’histoire de quatre femmes qui ont marqué le pop art et qui malgré cela vous sont inconnues

Corita Kent

On la surnommait “Sister Corita”, pourtant elle ne partageait pas l’affiche de Sister act avec Whoopy Goldberg, pas plus qu’elle n’était membre d’un groupe des 80’s. Corita Kent (EU, 1918-1986) était activiste, artiste, femme et (coup de grâce) bonne soeur.

Elle entend “l’Appel du seigneur” à l’âge de 18 ans et prend l’habit au sein d’une communauté catholique de Los Angeles, où elle a la possibilité d’allier l’étude du design et de l’histoire de l’art à ses obligations religieuses.

Au début des années 50, elle fait la connaissance de la sérigraphie. C’est le début d’une grande histoire. Avec cette technique, soeur Corita établit un langage pour communiquer ses émotions, sur papier, publicités, toiles, emballages, collages, alliant couleurs vibrantes, écriture manuscrite, typographies théâtrales etc. etc. etc

‘Love’ Corita Kent

Son style est également marqué par une longue série d’images sur le thème de la culture de masse, de la surconsommation et, bien sûr, de la spiritualité. Les slogans et les citations bibliques vont de pair dans ses créations et son œuvre est mouchetée de critique sociale

Elle renonce à ses vœux en 1968 et commence alors à apparaître dans des revues telles que  Life, Newsweek o Time, des artistes comme Saúl Bass ou Alfred Hitchcock reconnaîtront des années plus tard que l’œuvre de Kent a inspiré nombre de leurs propres créations.

Rosalyn Drexler 

Scénariste, dramaturge, artiste, ex lutteuse professionnelle… mettre une figure comme Rosalyn Drexler (EU, 1926)  dans une case, c’est comme prétendre que Stromaé tombe dans l’oubli : mission impossible. Une boîte de pastel, des posters et quelques visites au musée d’art contemporain suffirent pour qu’elle se fasse une place dans le monde de la peinture. 

‘I shot the flag’, Rosalyn Drexler

En 1961 elle commence à s’intéresser au Pop Art. Elle s’imprègne de revues et de journaux et décide d’en dépeindre les récits avec des couleurs brillantes et saturées. Pour l’époque, son travail est fantaisiste. Une expression violente de la réalité du moment. C’est une critique contre les violences machistes,le racisme et l’aliénation sociale.

Bien qu’elle ait toujours nié la présence de la politique dans son œuvre et qu’elle ait été exposée dans les plus grandes galeries du Pop Art, les années 60 ne la couvre pas de la même gloire que ses analogues masculins…

Fun fact: Elle est aussi l’auteure de la novélisation du film ‘Rocky’, sous le pseudonyme de Julia Sorel.

Marisol Escobar

On lui a collé  l’étiquette de ‘petite amie de Warholl’, elle était pourtant tellement plus. Même si la figure de Marisol Escobar (France, 1930-2016) est tombée dans l’oubli, elle fut l’une des artistes les plus respectées du New York des années 70 et ne le doit qu’à son talent. 

Marisol Escobar fait de son œuvre une critique féroce du capitalisme et, bien que ses traits, ses compositions et ses formes transcendent tout courant d’art concret, elle est considérée comme l’une des figures les plus prolifiques du Pop Art. 

‘The Family’, Marisol Escobar

Née à Paris, elle grandit à Caracas et prend son indépendance à New York à l’âge de 20 ans. Elle a tout juste 11 ans quand elle est témoin du suicide de sa mère, l’art entre dans sa vie. Elle l’adopte, acte de rébellion, issue de secours, échappatoire à la tristesse grâce auquel elle maintient un esprit vif. 

Peinture, composition, céramique… rien ne lui résiste, mais c’est au milieu des années 50 qu’elle découvre que son cœur appartient à l’architecture.

Les fruits les plus mûrs de son travail arrivent au début des années 60,  alors qu’elle expose son œuvre ‘From France’ aux côtés d’artistes comme Picasso ou Duchamp lors de l’exposition L’art de l’assemblage, au MoMA le musée des Arts de New York..

Evelyne Axel

Glamour, sensuellement féminine et révolutionnaire. Si je devais décrire l’œuvre d’Evelyne Axel (Belgique, 1935-1972) en quelques mots, ce serait sans nul doute ceux-là. Son passage dans le monde de l’art commence en coulisses : Elle étudie d’abord la céramique à l’école d’Arts de Namur, puis l’art dramatique à partir de 1954. 

En 1964 Evelyne fait un virage à 180 degrés dans sa carrière, la peinture frappe à sa porte et elle décide d’apprendre du meilleur des surréalistes. Le dieu que tout le monde adule : René Magritte,  celui-ci l’aide à améliorer une technique majeure dans son œuvre, la peinture à l’huile. 

‘Ice Cream’, Evelyn Axel

L’oeuvre d’Axel était avangardiste: des femmes voluptueuses, des filles puissantes, des oeuvres basées sur l’homo-érotisme, miroitantes,  en relief, affichées en grand … Elle va jusqu’à développer une nouvelle technique picturale pour parler de la sexualité féminine : “l’âge du plastique”, basée sur l’usage de feuilles de plastique dans ses œuvres. 

Sa mort prématurée dans un accident de voiture en 1972 (alors qu’elle n’avait que 37 ans) a écourté son art. Deux ans avant sa mort, elle peint “Le Peintre”, considéré comme le premier tableau dans lequel une femme se peint nue et en tant qu’artiste. 

À titre de curiosité, en 2016, le musée d’art de Philadelphie a censuré l’œuvre d’Evelyn présentée ci-dessus pour son caractère ” trop suggestif “. 

Pop art ou  hampart: l’éternel dilemme 

“L’hampart”  qu’est-ce que c’est que ça ? Vous demandez-vous perplexe. Il s’agit d’un concept artistique du terme espagnol  ‘hampa’ qui veut dire pègre, truand et de cet “art”toujours au centre de la controverse. Un néologisme créé par le  YouTuber Antonio García Villarán, pour redéfinir des œuvres qui ont en commun de procéder d’artistes dont  “l’art est de ne pas en avoir”.

Parmi les courants qui se confondent dans l’hampart , certains des plus irrévérencieux,  et aussi, des plus difficiles à saisir : l’art abstrait, le surréalisme et, oui, le pop art.

Les cinq commandements de l’hampart

Voici quelques conseils prodigués par David Garcia Villarán  pour distinguer une “œuvre d’hampart”, d’une œuvre d’art :

  • Une production en série, une œuvre qu’on retrouve sur la place publique, vendue comme une œuvre d’art ?  C’est de l’hampart.
  • Un objet passé au rang d’œuvre d’art simplement parce qu’il est exposé dans un musée, ça vous dit quelque chose ? Eh bien oui, c’est de l’hampart.
  • Ça pourrait vous surprendre, mais si l’œuvre est pleine de couleurs et d’idées préconçues et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un quelconque talent pour la réaliser… c’est “hampartistique”. 
  • Si l’œuvre est basée uniquement sur un texte philosophique qui n’a rien à voir avec l’œuvre elle-même… vous voyez ce qu’on veut dire. 
  • L’attribution d’une valeur inexistante à un objet vendu dans le milieu artistique à un prix exorbitant … c’est encore de l’hampart. 

Quelle est votre référence pop art préférée ? Combien d’œuvres “hampartistiques” connaissez-vous ? Nous sommes impatients de vous lire en commentaires. 

Marina López
Marina López
L'écriture comme lutte contre le chaos. Virginie Despentes

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